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Menace israélienne de bombardement sur Rafah : quelle réaction de l’Union européenne ?

Par Naelle Petitclerc – 24/02/2024 – Cet article n’engage que son auteur : la SCUE laisse la liberté à son équipe de publier des revues de presse sans censure.

Depuis le 7 octobre dernier et le déclenchement de l’offensive du Hamas en Israël, le conflit ne cesse de s’aggraver, engendrant un nombre croissant de victimes civiles et exacerbant les tensions déjà fortes au Moyen-Orient. Alors que les multiples tentatives de résolution pacifique semblent toutes échouer, le Premier Ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a adressé un ultimatum au Hamas. Il exige que l’ensemble des membres du Hamas se rendent et que tous les otages détenus soient libérés, et cela, avant le début du Ramadan qui devrait être le 10 mars. Dans le cas contraire, il lancera une offensive terrestre sur la ville gazaouie Rafah.

A la suite d’une telle annonce, les réactions de la communauté internationales fusent, mais ne s’accordent pas nécessairement. Les positions des différents acteurs, tant au niveau international qu’au sein même de l’Union Européenne, divergent considérablement.

Rafah, alors que de la fumée s’élève à la suite d’un bombardement israélien le 20 février 2024, au milieu de batailles continues entre Israël et le Hamas. SAID KHATIB / AFP

Israël et l’Europe : une histoire entremêlée

Pour comprendre la position de l’Union Européenne, il est essentiel de saisir la relation particulière qu’entretiennent l’Europe et Israël. Sous mandat britannique à partir de 1920, la Palestine a été partagée par l’ONU en 1947, avant que David Ben Gourion ne proclame l’indépendance d’Israël en 1948.

En effet, la Deuxième Guerre mondiale a joué un rôle déterminant dans la création de l’État hébreu. En Europe, le confit est marqué par la Shoah et l’extermination de six millions de Juifs, marquant violemment la mémoire collective. Au lendemain du conflit, comme un geste d’excuse, la terre promise est offerte aux sionistes, c’est la création de l’État d’Israël. Responsable des horreurs vécues par le peuple juif, l’Europe et par la suite l’Union Européenne a établi des liens politiques étroits, ainsi que des relations mutuellement bénéfiques en matière de commerce et d’investissement.

La situation à Rafah

Depuis l’attaque du Hamas, classé groupe terroriste par l’UE, le bilan humain du conflit est déjà lourd, avec près de 29 000 morts et plus de 68 000 blessés recensés dans la population gazaouie. Située au sud de la bande de Gaza et proche de la frontière égyptienne, la ville de Rafah est devenue un refuge essentiel aux nombreux civils contraints de fuir. Ils sont aujourd’hui 1,4 million, soit la moitié de la population de Gaza, à se terrer dans cette ville, alors même que la situation humanitaire y est catastrophique.

Le Hamas exigeant un cessez-le-feu et le retrait des forces israéliennes, tandis que Netanyahu reste inflexible sur les revendications, la situation semble quasi insoluble. Si le Premier Ministre israélien considère une attaque sur Rafah nécessaire à la réussite de la guerre, le Hamas n’entend aucunement céder Gaza, terre palestinienne, à ceux qu’ils considèrent comme des colons juifs.

Le conflit s’enlise et les menaces sur Rafah s’intensifient, comme l’illustre le bombardement qui a eu lieu dans la nuit du 16 au 17 février, causant la mort de 13 gazaouis. Pourtant, si Netanyahu entend permettre l’évacuation les civils, personne ne parait disposé à les accueillir. Aujourd’hui, Rafah abrite donc une véritable crise humanitaire, près de 1 million et demi de civils se retrouvent sous la menace imminente d’une attaque alors même qu’ils n’ont déjà presque plus de ressources alimentaires ou médicales.

Position de l’UE sur la situation

Face à cette escalade de violence, l’Union Européenne exprime d’une seule voix sa profonde préoccupation quant à la menace d’une attaque terrestre qui ne ferait qu’aggraver une situation humanitaire déjà désastreuse à Gaza. Le Haut Représentant de l’Union pour les Affaires étrangères et la Politique de Sécurité, Joseph Borell, exprime des craintes vives quant à l’avenir des Gazaouis, évoquant la difficulté de les évacuer en cas d’attaque imminente. Il reproche l’incohérence du déplacement de la population palestinienne qui « a été progressivement déplacée vers la frontière égyptienne. Ils [les israéliens] prétendaient qu’il s’agissait de zones de sécurité, mais en réalité, ce que nous constatons, c’est que les bombardements qui touchent la population civile se poursuivent et créent une situation désastreuse. ».

Chacun des États membres de l’UE se positionne différemment. Certains, comme l’Espagne, l’Irlande et la Belgique se montrent particulièrement critiques. L’Espagne envisage par exemple des mesures unilatérales pour la reconnaissance de l’État Palestinien. Le Premier Ministre luxembourgeois, Xavier Bettel, remet en question la légitimité des actions Israël, évoquant que « tant de mois après le 7 octobre, on ne peut plus parler de légitime défense ».

D’autres, comme l’Allemagne, remettent en question leur position traditionnellement favorable à Israël. Le soutien à l’État juif semble s’amenuiser au profit d’une solution à deux États. Néanmoins, ce n’est pas une éventualité considérée par le chef d’État israélien. « Je suis particulièrement préoccupée par l’annonce d’une offensive terrestre de grande envergure à Rafah par le gouvernement israélien », a déclaré Mme Baerbock à l’issue d’une réunion à Berlin avec le ministre palestinien des Affaires étrangères, Riyad Al-Maliki.

Généralement, l’UE incite donc à la négociation et à la libération des otages dans l’objectif de limiter autant que possible les ravages humaines et matérielles. Elle incite ainsi au respect de la décision de la Cour Internationale de Justice. « Nous demandons instamment à toutes les parties de respecter le droit international et nous notons que des comptes devront être rendus en cas de violation du droit international », a déclaré Nabila Massrali, porte-parole de l’Union européenne pour les Affaires étrangères. Ce 20 février 26 sur les 27 de l’Union européenne ont demandé une « pause humanitaire immédiate » à Gaza.

Les liens économiques entre l’UE et Israël remis en question

L’UE est le partenaire commercial principal d’Israël. Son accord d’association permet notamment des échanges commerciaux dans un cadre de libre-échange dans plusieurs secteurs, notamment industriel et agricole. Israël prend également part à de nombreux projets européens tel que le Partenariat Euromed ou le programme recherche et innovation au 95 milliards d’euros de budget Horizon Europe.

Dans une tentative d’action concrète contre Israël, les Premiers Ministres Pedro Sanchez (Espagne) et Léo Vodkar (Irlande) ont rédigé une lettre commune à destination de la Commission Européenne, appelant à une révision urgente de l’accord UE-Israël. Ils y remettent en question son respect par Israël au vu des évènements récents à Gaza. En effet, cet accord, entré en vigueur en juin 2000 stipule dans son deuxième article :

« Les relations entre les parties, ainsi que toutes les dispositions de l’accord lui-même, sont fondées sur le respect des droits humains et des principes démocratiques, qui guide leur politique intérieure et internationale et constitue un élément essentiel du présent accord. ».

Les deux États dénoncent donc des violations potentielles des droits de l’Homme, notamment en lien avec le crime de génocide. Si de telles violations étaient avérées, ils exigent que des « mesures appropriées » soient prises, rappelant qu’au-delà des partenariats, l’Europe verse également 1,8 million d’euros chaque année à Israël.

Ils exigent donc que cette situation soit rapidement étudiée, afin de s’assurer que l’Europe ne soutienne pas d’une quelconque façon un État qui ne respecte pas ses valeurs.

Crise du secteur agricole : le ras-le-bol des agriculteurs se déferle à travers l’Europe.

Par Lynda-Léa Belkadi – 16/02/2024 – Cet article n’engage que son auteur : la SCUE laisse la liberté à son équipe de publier des revues de presse sans censure.

Des Pays-Bas jusqu’en Italie en passant par l’Allemagne, la Roumanie ou encore la France ; la colère des agriculteurs européens ne cesse de grandir.

Face aux normes environnementales jugées trop contraignantes, à la hausse des coûts de production, à la baisse des prix de ventes, aux salaires trop bas et à la concurrence déloyale due à l’importation de produits alimentaires en provenance d’Ukraine ; la crise agricole qui ne date pas d’hier est aujourd’hui à son apogée.

Depuis plus d’une vingtaine d’années, les agriculteurs dénoncent les nombreuses réformes de la Politique Agricole Commune (PAC) et la précarisation incessante de leurs situations. Les récentes mobilisations ne sont donc pas une surprise. C’est le fruit d’une très longue agonie avec des tournants décisifs depuis quelques années.

Amadeus voix des tracteurs. Les véhicules jusqu’au Colisée

Mobilisations dans 17 des 27 pays membres de l’UE 

La grogne agricole serait l’apanage de 17 pays membres de l’UE, selon une déclaration de Christiane Lambert, ancienne présidente de la Fédération Nationale des Syndicats d’Exploitants Agricole (FNSEA) et actuelle présidente du Comité des Organisations professionnelles des agricoles (COPA). Plus de la moitié des 27 pays membres sont touchés par les revendications de leurs agriculteurs. Le COPA confirme que pratiquement tous les pays ont ou ont eu un mouvement lié à la crise actuelle.

A l’origine, ce sont les Néerlandais qui ont lancé le coup d’envoi. Entre 2019 et 2023 plusieurs manifestations ont traversé le pays. En effet, le plus haut juge administratif des Pays-Bas a donné en 2019 un ordre au gouvernement de réduire de 50% les émissions d’azote du pays et ce, le plus rapidement possible. Le premier ministre, Mark Rutte réduit alors le nombre d’élevages et d’exploitations agricoles. Sur les 50 000 exploitations néerlandaises, plus de la moitié sont à présent menacées. Cette décision est perçue par les agriculteurs comme un coup dur pour l’économie du pays qui a été jusqu’à présent, le deuxième exportateur mondial de produits agro-alimentaires derrière les Etats-Unis.

En France, les agriculteurs français ne sont pas les moins épargnés par les mesures prises par l’Union Européenne dans le secteur agricole. Ils dénoncent notamment la fragilité de leur situation économique depuis 2015 lorsque, pour la première fois depuis l’après-guerre, la France a enregistré une balance commerciale déficitaire sur les échanges agroalimentaires européens. En somme, la France importe plus qu’elle exporte. De plus, depuis la date d’entrée en vigueur de la nouvelle PAC le 1er janvier 2023, la fragilité de leur situation n’a fait que s’aggraver.

Par ailleurs, la France et ses voisins de l’Europe de l’Est, la Pologne, la Roumanie, la Bulgarie, la Lituanie et la Lettonie s’agacent du dossier ukrainien. Le « Corridor de solidarité » mis en place par la Commission Européenne en 2022, peu de temps après le début de la guerre Russo-Ukrainienne, permet l’augmentation de produits alimentaires venant d’Ukraine avec une exemption des droits de douane. Une concurrence jugée complètement déloyale pour les agriculteurs européens, soumis à un cahier des charges laborieux et couteux. Ils dénoncent notamment l’inondation de produits ukrainiens sur le marché européen au péril de l’agriculture locale et en violation des normes de production européenne alors que l’Ukraine ne fait pas partie de l’Union Européenne.

En Europe du Sud, les mobilisations ne manquent pas aussi. Depuis le 15 janvier, les agriculteurs Italiens sont sortis un peu partout dans plusieurs villes du pays notamment en Sicile et à Rome. Le 30 janvier, les syndicats agricoles espagnols ont également annoncé rejoindre le mouvement. Le 1er février, c’est au tour des agriculteurs portugais bloquant ainsi dès le premier jour plusieurs axes routiers dont des passages à la frontière espagnole. Tous portent les mêmes revendications que leurs homologues européens du nord et de l’est.

Les réponses apportées par la Commission Européenne

Face aux nombreuses pressions que traverse le vieux continent, la Commission Européenne a adopté le 31 janvier dernier, un règlement accordant aux agriculteurs une exemption partielle de la règle de conditionnalité relative aux terres mises en jachère. Au lieu de maintenir les terres en jachère ou non productives sur 4 % de leurs terres arables, les agriculteurs de l’UE cultivant des cultures fixant l’azote (telles que des lentilles, des pois ou des fèves) et/ou des cultures dérobées sur 7 % de leurs terres arables seront considérés comme satisfaisant à cette exigence. Les agriculteurs doivent ainsi respecter un ensemble renforcé de neuf normes bénéfiques pour l’environnement et le climat. Ce principe de conditionnalité s’applique à près de 90 % de la superficie agricole utilisée dans l’UE et joue un rôle important dans l’intégration des pratiques agricoles durables. Cet ensemble de normes de base est appelé « BCAE » (bonnes conditions agricoles et environnementales).

Concernant les produits ukrainiens, Bruxelles propose de renouveler pour une année supplémentaire l’exemption des droits de douane accordée à l’Ukraine mais en l’assortissant de « mesures de sauvegarde » limitant l’impact des produits importés sur le marché européen.

Ursula Von der Leyen a déclaré à ce propos : « Ce n’est que si nos agriculteurs peuvent vivre de leurs terres qu’ils investiront dans l’avenir. Et ce n’est que si nous réalisons ensemble nos objectifs climatiques et environnementaux que les agriculteurs pourront continuer à vivre. Nos agriculteurs en sont bien conscients. Cette mesure offre une certaine souplesse aux agriculteurs tout en continuant à les récompenser pour leur travail crucial visant à favoriser la sécurité alimentaire et la durabilité de l’UE. Nous présenterons bientôt davantage de propositions pour contribuer à alléger la pression à laquelle sont confrontés nos agriculteurs.»

De son côté, le ministre français de l’Agriculture Marc Fesneau a salué « une solution simple et pragmatique qui conjugue transition et production« . La Commission européenne a « répondu aux demandes de la France » concernant l’assouplissement des obligations de jachères et la limitation des importations agricoles ukrainiennes, a indiqué de son côté l’Élysée.

Mardi 6 février, la présidente de la Commission Européenne a annoncé qu’elle allait proposer le retrait d’un projet de loi visant à réduire de moitié l’usage de pesticides dans l’Union Européenne. Une proposition allant de pair avec la non-satisfaction des agriculteurs malgré les mesures annoncées le 31 janvier dernier.

La crise risquerait de s’étendre sur plusieurs mois afin de mettre encore plus de pression sur les gouvernements des 27 et sur l’exécutif de l’Union Européenne.

La hongrie lève finalement son veto, l’UE vote une aide financière pour l’Ukraine

Par Charline Hutin – 9/02/2024 – Cet article n’engage que son auteur : la SCUE laisse la liberté à son équipe de publier des revues de presse sans censure.

Les faits

Lors du Sommet européen de décembre 2023, les dirigeants de l’Union européenne se sont réunis pour trouver un accord sur le budget général de l’UE et sur l’aide financière apportée à l’Ukraine ; un accord qui n’a finalement pas été trouvé. Au Conseil de l’Union européenne, les questions d’affaires étrangères, mais aussi de juridiction ou d’adhésion, doivent être adoptées à l’unanimité, les 27 doivent être d’accords, et chaque pays détient donc un droit de véto, qui lui permet de bloquer une décision. C’est exactement dans ces circonstances que les chefs d’États se sont retrouvés les 13 et 14 décembre derniers. Alors que 26 États étaient favorables à une aide de 50 milliards d’euros supplémentaires étalée sur 4 ans (de 2024 à 2027) pour l’Ukraine, seul Viktor Orbán, le Premier Ministre hongrois s’y est opposé, bloquant ainsi le dossier complet.

Sommet européen à Bruxelles du 1 février 2024

Mais le 1er février 2024, à l’occasion du Sommet extraordinaire du Conseil de l’Union européenne à Bruxelles, après différentes discussions et négociations, avec la France, l’Allemagne, l’Italie et la Commission européenne notamment, la Hongrie a levé son véto, et « une facilité de 50 milliards d’euros » a été votée et adoptée. Cette enveloppe correspond à 33 milliards d’euros de prêts, donc que l’Ukraine devra rembourser lorsqu’elle en aura les moyens, et 17 milliards d’euros de subventions ; un don européen pour l’aider.

Le véto de la Hongrie et les négociations

Lors des discussions entre l’UE et la Hongrie, cette dernière exigeait plusieurs choses en échange de son accord. D’abord, elle souhaitait pouvoir réexaminer le dossier d’aide financière chaque année et s’y opposer en tout temps. En plus de cette réévaluation, la Hongrie souhaitait recevoir la totalité de ses fonds européens, alors gelés par l’Union européenne, peu certaine du respect de l’État de droit dans le pays.

La Hongrie semble toutefois avoir reçu gain de cause à la suite des négociations. En effet, le 1er février dernier, il a été décidé que la Commission européenne rédigerait chaque année un rapport sur les fonds européens à destination de l’Ukraine. Les dirigeants européens auraient aussi la possibilité de demander, toujours à l’unanimité, un réexamen de l’aide financière à mi-parcours. De nombreux États membres s’étaient toutefois opposés à ce que cette réévaluation se fasse annuellement par crainte que Budapest repose un véto à chaque discussion et pour prévenir d’une déstabilisation sur la planification financière ukrainienne.

De plus, en décembre 2023, la Commission européenne a débloqué la moitié des 20 milliards d’euros de fonds européens bloqués pour la Hongrie, car elle a entrepris des réformes pour améliorer l’indépendance de son système judiciaire, mais aussi pour l’encourager activement à retirer son véto.

 Les critiques d’une Hongrie problématique

La Hongrie semble dernièrement être problématique dans les discussions européennes et internationales.

D’un côté, son lien avec le Kremlin lui est fortement reproché par Mariinsky. Alors que depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie tous les pays européens se sont rendus à Kiev pour montrer leur soutien, le ministre des Affaires étrangères hongrois s’est rendu pour la 1ère fois depuis le 24 février 2022 en Ukraine le 29 janvier 2024, près de 2 ans après le début de la guerre.Sa position ambiguë et incertaine quant à son soutien préoccupe la communauté internationale, à l’instar des États-Unis, avec qui ses relations se dégradent à cause de sa proximité avec Vladimir Poutine, malgré la guerre en cours.

D’un autre côté, son État de droit incertain inquiète l’Union européenne. Les droits des personnes LGBT+, la liberté académique et le droit d’asile semblent entrainer le recul de la démocratie. De plus, l’opposition d’abord commune à la Turquie, puis solitaire quant à l’adhésion de la Suède à l’OTAN, dépassée par une ratification lente, irrite la communauté internationale et installe la Hongrie dans une position controversée.

Malgré l’indignation de la Pologne et du Luxembourg, des tentatives de dialogue de l’Italie et de la France, la Hongrie n’est pas réellement « seule contre tous ». La Slovaquie est son potentiel allié sur les questions ukrainiennes, car depuis l’automne son Premier ministre s’oppose à la livraison d’armes à Kiev, et en a même déjà suspendues.

Quoi qu’il en soit, la question centrale de ce sommet européen sur l’aide pour l’Ukraine est clause. Enfin, jusqu’en 2025.

Crise Migratoire Et Montée De L’Extrême Droite : Quelle Importance Pour Les Elections Européennes ?

Par Naelle Petitclerc – 3/02/2024 – Cet article n’engage que son auteur : la SCUE laisse la liberté à son équipe de publier des revues de presse sans censure.

Depuis les révélations du journal d’investigation Correctiv le 10 janvier, les Allemands se mobilisent par centaines de milliers pour protester contre l’extrême droite. Au cœur du scandale, une réunion tenue en novembre par le parti Alternative für Deutschland (AfD) et d’autres extrémistes pour poser les bases d’un projet de “remigration”, c’est-à-dire d’expulsion massive de millions d’immigrés résidents en Allemagne, qu’ils aient ou non le passeport. Le week-end du 19 au 21 janvier, ils étaient plus d’un 1,4 million mobilisés partout dans le pays.

Mais si cette poussée contestataire semble témoigner d’une vive opposition populaire à ces partis, ces dernières années, la montée de l’extrême droite est une réalité. Bien plus qu’un phénomène national ou isolé, l’importance prise par ces partis conservateurs dans la politique s’observe aujourd’hui à l’échelle européenne.

De gauche à droite : Geert Wilders (chef du Parti de la Liberté néerlandais), Matteo Salvini (homme politique italien de la Lega), Jörg Meuthen (dirigeant du parti allemand AfD), Marine Le Pen (femme politique française du RN), Vaselin Marehki (dirigeant du parti bulgare Volya), Jaak Madison (homme politique du parti conservateur estonien) et Tomio Okamura (dirigeant du parti tchèque Liberté et démocratie directe). Milan, 18 mai 2019 (crédit : Luca Bruno/AP)

La montée de l’extrême droite en Europe

Si aux débuts de l’Union Européenne l’extrême droite nationaliste et généralement anti-UE n’avait qu’un impact minime dans l’UE, elle se restructure aujourd’hui autour d’un projet presque pro-européen prônant une civilisation européenne blanche et chrétienne. Le Premier ministre hongrois, Orban, se positionne comme le défenseur d’une « Europe chrétienne blanche et menacée ». Profitant de la crise identitaire et sécuritaire, de l’inflation et de l’islamophobie grandissante, ces politiques conservateurs utilisent le populisme pour convaincre.

En cause de l’extrémisation des discours politiques, on trouve notamment la crise migratoire que traverse l’Europe depuis quelques années, illustrée par des épisodes comme celui de Lampedusa. En septembre dernier, c’est plus de 7 000 migrants qui ont débarqué sur cette petite île au Sud de l’Italie en 48 heures. Plus généralement, en 2023, on compte près de 275 000 arrivées irrégulières dans l’espace Schengen. Ces arrivées migratoires massives bouleversent la société européenne et se répercutent dans les choix politiques de ses citoyens.

Nationalement déjà, les partis placés à l’extrême droite de l’échiquier politique s’emparent de plus en plus de pouvoir. À la tête de la Hongrie et de l’Italie, elle occupe également une place grandissante dans les gouvernements finlandais, suédois, slovaques ou néerlandais. Cette force grandissante impacte spécifiquement le Conseil de l’UE, un conseil regroupant les présidents des 27 Etats membres.

Parlement européen et élections

Actuellement, l’enjeu majeur des élections européennes de juin 2024 est le travail du Parlement sur la réforme du système d’asile et de migration de l’UE. Avec des députés alimentant la crainte du « remplacement » de la population européenne, la mise en place d’une telle loi semble impossible.

Au Parlement, 58 députés, issus de neuf pays, appartiennent au groupe Identité et Démocratie (ID). Ils appartiennent à Lega (Italie), au Rassemblement national (France) ou à l’AfD (Allemagne). Selon les estimations, ils pourraient gagner jusqu’à 40 places au parlement. À la précédente européenne, en mai 2019, ce sont près de 200 millions d’Européens qui ont voté pour ID. Mais une partie de leurs idées sont aussi représentées dans le groupe Conservateurs et réformistes européens (CRE) avec le Fratelli d’Italia (Italie), le PiS (Pologne) et le Parti des Finlandais (Finlande). Ce parti pourrait, selon les estimations, obtenir 85 sièges en juin. Soit en cas d’alliance, une force d’opposition de près d’un quart du Parlement pourrait bousculer la ligne directrice européenne actuelle.

En effet, les lois européennes initiées par la Commission sont ensuite amendées par le Parlement puis le Conseil de l’UE. Ces députés, élus au suffrage universel par les citoyens européens, ont donc un pouvoir législatif concret en Europe.

Quelles implications concrètes pour les Européens ?

Pour prévenir une force d’opposition conservatrice trop forte au Parlement, l’objectif affiché est d’aboutir à une adoption du Pacte asile et immigration avant les élections européennes. Même si certains points restent distincts comme la question des navires des ONGs, les avis sur l’immigration convergent dans leur majorité entre ces partis.

Concrètement, un résultat aux européennes qui verrait l’extrême droite placée comme force parlementaire pourrait conduire à d’importants blocages de lois, et cela pour 5 ans au minimum.  L’idéal d’une UE progressiste et cosmopolite partagée par beaucoup serait alors affaibli et pourrait être remplacé par un durcissement de la politique migratoire et un coup supplémentaire à la transition écologique qu’opère difficilement l’Europe.

Si de nombreux politiques se mobilisent tels que l’eurodéputé socialiste Raphaël Glucksmann qui déclarait sur France 2 « L’UE est en danger externe et interne », ou le président du groupe centriste du Parlement Stéphane Séjourné qui mettait en garde sur Politico : « Il y a un risque que l’Europe soit ingouvernable ». Cette crainte d’une percée aux élections provient également d’une forme de « succès de la stratégie de dédiabolisation et de respectabilisation menée par Marine Le Pen en France, par exemple » (Benjamin Biard, chercheur belge au CRISP). Cependant, certains comme le professeur Jean-Guy Prévost relativisent cette vision plutôt sombre en rappelant que grand nombre des mesures sont simplement irréalisables.

En effet, ce projet d’immigration conservateur mis en avant défendant une UE comme « outil pour juguler les crises migratoires » consiste en une fermeture quasi-totale des frontières. Renvoyant dans leur pays tous les migrants illégaux, des contrôles frontaliers stricts ne laisseraient passer qu’une élite “filtrée”. Néanmoins, l’aspect utopique d’une telle mesure est fréquemment soulevé. De surcroit, il prône une suppression de toutes les aides à destination des migrants, une forme de préférence européenne où l’argent de l’UE est réservé à ses citoyens. Cependant, cela peut s’avérer contre-productif car les économies faites au départ risqueraient de se transformer en dépenses d’urgence décuplées. C’est une mise en garde faite notamment par de nombreux professionnels du secteur médical, mais qui concerne également les secteurs de l’éducation et de la formation ou l’accès à des logements salubres.

Retour de trump à la maison blanche : quels défis pour l’Europe ?

Par Lynda-Léa Belkadi – 26/01/2024 – Cet article n’engage que son auteur : la SCUE laisse la liberté à son équipe de publier des revues de presse sans censure.

En pleine primaires républicaines, l’ex-président américain continue de consolider sa place de candidat favori du parti républicain. Sa victoire écrasante dans la primaire de l’Iowa et du New Hampshire inquiète déjà les dirigeants européens qui craignent que ce dernier regagne la maison blanche lors des prochaines élections présidentielles qui auront lieu au mois de novembre.

De son côté, Alexandre De Croo, le premier ministre belge dans son discours devant le Parlement européen, à l’occasion de la présentation du programme de la présidence belge du Conseil de l’UE mardi dernier, a appelé l’Union européenne à ne pas craindre d’agir “par elle-même” si les États-Unis choisissent à nouveau “America first”.

L'ancien président Donald Trump fait un geste après avoir pris la parole lors d'un rassemblement électoral au Terrace View Event Center à Sioux Center, en Iowa, le vendredi 5 janvier 2024. (AP Photo/Andrew Harnik)

2024 sera une année cruciale, pleine d’enjeux pour l’Europe, pour l’Occident, non seulement en raison des élections pour cette assemblée, mais aussi pour le congrès américain et la présidence des États-Unis. Si 2024 nous ramène l’‘America first’ (slogan de Donald Trump, NDLR), ce sera plus que jamais ‘l’Europe par elle-même’”, a affirmé le chef du gouvernement, dans son discours devant le Parlement.  Selon lui, “nous ne devrions pas craindre cette perspective, nous devrions l’embrasser, en plaçant l’Europe sur des bases plus solides, plus fortes, plus souveraines, plus autonomes”.

Mais alors, quelles sont réellement les répercussions qu’incombent cette « perspective » ?

Affaiblissement militaire de l’Europe

    Face à la guerre en Ukraine, aux défis sécuritaires au Moyen-Orient et au désengagement des États-Unis de certains théâtres d’opérations pour se concentrer sur la Chine, l’Europe pourrait se retrouver seule avec des difficultés d’agissement en matière de défense et de sécurité. Il est inévitable que si D. Trump retourne au pouvoir, ce dernier considérera que le niveau actuel de soutien à l’Ukraine se trouve à l’encontre des priorités nationales américaines, au même moment où l’Europe peine à financer l’Ukraine et à lui fournir un plus grand soutien militaire. Toutefois, il est à noter que même en cas de réélection du président actuel Joe Biden, l’Europe aura le devoir d’être militairement indépendante puisque Biden a déjà fait valoir « l’importance d’une défense européenne plus forte ».

Nouvelle menace pour l’économie européenne

Trump s’est montré constant dans sa critique du libre-échange, qu’il accuse d’avoir porté préjudice aux ouvriers américains. Étant favorable à une certaine forme de protectionnisme, sa réélection pourrait signifier une nouvelle guerre tarifaire commerciale entre l’UE et les Etats-Unis. En effet, durant son premier mandat, le vieux continent s’est vu imposer des droits de douane sur plusieurs de ses produits notamment l’acier et l’aluminium. Le scénario pourrait se reproduire et cela porterait préjudice à l’Union Européenne compte tenu de son actuelle fragilité économique. Ainsi, il est dans son intérêt économique d’user de son statut de principal partenaire commercial des Etats-Unis afin de faire face à une telle situation !  

 

Un éventuel retour de Donald Trump au pouvoir représente un défi majeur pour l’Union européenne tant sur le plan géopolitique que sur le plan économique. Néanmoins, l’ex-président en est à son premier chapitre de la longue course à la Maison Blanche, il doit encore gagner davantage de caucus pour affronter enfin le candidat sortant, Joe Biden.

 

Sources :

https://fr.euronews.com/my-europe/2024/01/16/le-retour-de-donald-trump-pourrait-laisser-leurope-livree-a-elle-meme-selon-alexander-de-c

https://www.lexpress.fr/monde/amerique/donald-trump-ce-que-son-retour-pourrait-changer-pour-leurope-GUYC2IVIOJB7JOOZSFIERW45AA/

https://www.lefigaro.fr/international/trump-les-27-ne-doivent-pas-craindre-son-eventuel-retour-a-la-maison-blanche-affirme-le-premier-ministre-belge-20240116

https://www.lenouveleconomiste.fr/le-spectre-du-retour-de-trump-au-pouvoir-99662/

 

L’interdiction des paillettes libres, au coeur du plan zéro pollution

Par Charline Hutin – 20/01/2024 – Cet article n’engage que son auteur : la SCUE laisse la liberté à son équipe de publier des revues de presse sans censure.

C’est annoncé, après 6 ans de discussions, les paillettes « libres » sont interdites dans l’Union Européenne et cette décision rentre dans le cadre du plan Zéro pollution de la Commission Européenne présenté en mai 2021.

Toutefois, cette interdiction concerne uniquement les particules de « polymères (des fibres) synthétiques de moins de 5 mm organiques, insolubles et résistants à la dégradation ». Toutes les autres particules, celles biodégradables ou d’origine naturelle, ne sont pas concernées, les paillettes peuvent encore être sauvées !

 

 

LES MICROPLASTIQUES

 

Le plan européen Zéro pollution a différents objectifs, l’un d’eux étant de réduire la pollution des microplastiques de 30% d’ici 2030.

 

Les microplastiques sont omniprésents, plus que ce que l’on pense. Ils polluent les mers et les océans, sont ingurgités par des animaux qui en meurent, se retrouvent dans les sols et l’air que nous respirons, et par conséquent dans nos poumons. Leurs conséquences néfastes impactent donc l’humanité entière ; la nature, les animaux, et les hommes.

 

Les microplastiques sont des particules microscopiques de plastique qui se retrouvent dans tous les objets de notre quotidien : dans les vêtements, les cigarettes, ou les produits cosmétiques comme les paillettes.

Ces particules peuvent mesurer jusqu’à 5 mm de diamètre, se glissent partout, et émanent souvent des déchets plastiques en décomposition laissés par terre ou jetés dans l’eau.

 

En plus d’être nocives elles-mêmes, ces particules contiennent généralement des substances chimiques qui impactent gravement la santé, et provoquent des changements considérables, dans le développement cérébral ou dans la fréquence respiratoire chez les êtres vivants qui les ingèrent, sans parler de la suffocation que les animaux marins peuvent subir.

 

 LE PLAN D’ACTION ZERO POLLUTION 2050 

 

En 2019, Ursula von der Leyen, la Présidente de la Commission européenne, présente son programme d’ambition « zéro pollution ».

Quelques mois plus tard, la Commission européenne présente le pacte vert pour l’Europe, dans lequel un volet consacré à la pollution de l’air sera élaboré dans un plan d’action plus cibleur.

C’est 2 ans plus tard, en 2021, que la CE présente son plan d’actions zéro pollution qui concerne l’air, mais aussi l’eau, les sols et les produits de consommation.

 

Ce plan d’action, qui s’étend jusqu’en 2050 a pour objectif de diminuer toutes les pollutions présentées à un niveau auquel elles ne seront plus dangereuses pour la planète ni la santé. Le but étant de créer un environnement sain, exempt de substances toxiques.

 

Bien que l’UE ait jusqu’en 2050 pour rendre l’environnement européen neutre, certains objectifs ont comme échéance l’année 2030 pour accélérer ce processus de dépollution.

Ces objectifs concernent notamment l’amélioration de la qualité de l’air pour diminuer le nombre de décès, la qualité de l’eau en y réduisant la quantité de déchets, la réduction de 25% des écosystèmes polluants de l’UE ou encore la réduction de la pollution sonore liée aux transports.

 

Ainsi, ce plan espère créer une Europe, et plus largement une planète saine, exemptée de pollution nocive et socialement équitable.

 

 LE PACTE VERT POUR L’EUROPE

 

Le pacte vert, dans lequel réside le plan d’actions zéro pollution, lutte également contre la pollution dans l’Union européenne avec 2 autres politiques. L’une étant la stratégie chimique pour la durabilité qui vise à mieux protéger les citoyens et l’environnement contre les produits chimiques. Et l’autre, la révision des mesures pour lutter contre la pollution produite par les grandes installations industrielles, dans le but de s’assurer qu’elles soient compatibles avec les politiques de l’UE sur le climat et l’énergie.

 

 

En bref, toutes ces mesures, ces politiques et ces plans d’actions devraient, selon la CE, empêcher le rejet d’un demi-million de tonnes de microplastiques. Un bon début pour l’objectif Zéro pollution.

 

 

Sources :  

https://www.lemonde.fr/planete/article/2024/01/07/pourquoi-les-paillettes-sont-en-voie-d-etre-interdites-dans-l-union-europeenne_6209503_3244.html

https://www.lemonde.fr/economie/article/2023/09/03/face-a-l-hegemonie-du-plastique-et-aux-impasses-du-recyclage-l-humanite-toujours-sans-solution_6187658_3234.html

https://environment.ec.europa.eu/strategy/zero-pollution-action-plan_en

https://environment.ec.europa.eu/strategy/zero-pollution-stakeholder-platform_en

https://www.touteleurope.eu/environnement/environnement-la-commission-europeenne-devoile-son-plan-zero-pollution-pour-2050/

https://www.europarl.europa.eu/pdfs/news/expert/2018/12/story/20181212STO21610/20181212STO21610_fr.pdf

https://www.unep.org/fr/resources/de-la-pollution-la-solution-une-evaluation-mondiale-des-dechets-marins-et-de-la-pollution

https://www.unep.org/fr/actualites-et-recits/recit/les-microplastiques-lheritage-au-long-cours-de-la-pollution-plastique

https://www.citepa.org/fr/2021_05_a06/

La bataille juridique pour la définition du viol en Europe : retour sur l’enjeu principal de la directive sur les violences faites aux femmes

Par Émilie Decourcelle – 30/10/2023 – Cet article n’engage que son auteur : la SCUE laisse la liberté à son équipe de publier des revues de presse sans censure.

La définition pénale du viol à l’échelle européenne est devenue l’élément central de la directive sur les violences faites aux femmes, présentée par le Parlement européen le 8 mars 2022. En septembre 2023, le Conseil de l’Union européenne a cherché à trancher cette question en votant une nouvelle version du texte ne la prévoyant tout simplement pas. Toutefois, cette position n’a pas fait consensus parmi les représentants des États membres, et les débats se poursuivent, puisque la directive a été renvoyée au Parlement. Une occasion de réexaminer les enjeux entourant la protection des citoyennes européennes et de leurs droits, mais également de la consolidation des compétences de l’Union européenne en matière juridique. 

La proposition de directive européenne pour la lutte contre les violences envers les femmes : des débats autour de la définition du viol.

Le 8 mars 2022, en l’honneur de la Journée internationale des droits des femmes, le Parlement européen a déposé une proposition de directive sur la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique. Déjà le fruit de longues négociations, elle a pour objectif d’harmoniser les infractions afin de combler les vides juridiques existants autour d’une réglementation européenne des violences faites aux femmes, notamment autour de leurs nouvelles formes en ligne (le partage non consenti d’images intimes, la traque furtive, le cyberharcèlement, l’incitation à la violence ou à la haine…). 

Si la plupart des députés s’accordent sur la nécessité de renforcer l’efficacité des instruments juridiques actuels de l’UE, un sujet provoque de multiples aller-retour institutionnels : la définition pénale du viol. Sur la base du défaut de consentement, ils s’opposent sur les facteurs qui permettent d’identifier celui-ci ou les conditions qui permettraient de le donner de manière libre et éclairée. Certains députés veulent se contenter de l’usage de la force quand d’autres cherchent à ajouter la peur et l’intimidation à la liste des conditions empêchant une prise de décision en toute liberté. 

Les enjeux de la définition du viol et du consentement dans la lutte contre les violences sexuelles en Europe.

En 2018, dans l’Union européenne pré-Brexit, 348 000 violences sexuelles ont été enregistrées par les forces de sécurité : un tiers sont des viols, et près de 9 victimes sur 10 sont des femmes. Cependant, en moyenne, 68 personnes pour 100 000 habitants ont déposé plainte après avoir subi de tels faits. À ce titre, la définition du viol, mais surtout du consentement, a une place prépondérante dans la prise en compte des violences sexuelles par les services de justice. 

Dans la plupart des pays européens, la définition légale du viol repose sur l’utilisation de coercition, de force, ou sur le fait que la victime était dans l’incapacité de se défendre. Cependant, il est important de noter que la plupart des viols ne correspondent pas nécessairement aux stéréotypes selon lesquels un agresseur inconnu surgit soudainement. En réalité, de nombreuses agressions sexuelles à l’encontre des femmes et des filles sont perpétrées par des amis, des membres de la famille ou des partenaires intimes. De plus, les réactions des victimes peuvent inclure un état de choc, une paralysie involontaire ou une pression morale et psychologique, ce qui ne signifie pas forcément qu’il y a eu une violence physique, ou un consentement manifeste, libre et éclairé. 

En voulant exclure la définition du viol, et donc du consentement, de la directive sur la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique, le Conseil de l’Union européenne en réduit largement sa portée et laisse demeurer les flous juridiques et institutionnels qui existent autour de ces situations dans la plupart des pays européens. 

La définition pénale du viol en Europe : entre sexisme, tradition et défis pour l’intégration européenne.

Si l’existence d’un sexisme tenace, et de définitions biaisées par de longues traditions patriarcales peuvent être tenue en partie responsables de la position de certains représentants étatiques, la définition pénale du viol à l’échelle européenne soulève également un des grands défis de la construction européenne : la mise en place de normes juridiques communes et la prépondérance du droit européen. Ceux qui plaident en faveur de l’élimination de l’article définissant estiment que le viol ne peut pas être classé sous la catégorie de « l’exploitation sexuelle des femmes et des enfants »  telle qu’elle est mentionné dans le traité sur le fonctionnement de l’UE (TFUE). Ce traité répertorie les domaines susceptibles d’être harmonisés en matière d’infractions pénales : en conséquence, le viol ne serait pas du ressort de l’UE. 

Les débats autour de la directive sur la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique s’inscrivent donc également dans ceux autour de l’intégration européenne. Pourtant, parce qu’il s’agit là de l’enjeu de la protection des femmes en Europe, des compromis devront être trouvés pour assurer la pleine reconnaissance et la complexité des situations d’abus et de violences sexuel.le.s à travers l’Union européenne.

Offensive azerbaïdjanaise et capitulation du Haut-Karabakh : quelle réaction de l’Union Européenne ?

Par Diane de Charry – 13/10/2023 – Cet article n’engage que son auteur: la SCUE laisse la liberté à son équipe de publier des revues de presse sans censure.

Le 19 septembre dernier, le Haut-Karabakh, une enclave séparatiste à majorité arménienne située à l’intérieur du territoire de l’Azerbaïdjan, a été la cible d’une attaque soudaine menée par le gouvernement azerbaïdjanais dirigé par Ilham Aliyev. En moins de 24 heures de bombardements intensifs, le Haut-Karabakh a capitulé, marquant la chute de cette enclave et sa réintégration dans le territoire de l’Azerbaïdjan. Après plus de trois décennies de sécession et d’auto-proclamation en tant que République d’Artsakh en 1991, le Haut-Karabakh a mis fin à son existence. Le gouvernement de cette république séparatiste a annoncé, une semaine après l’attaque, soit le 28 septembre, la dissolution de ses institutions gouvernementales et organisations, effective à partir du 1er janvier 2024.

Réaction de l’Union Européenne face à ce conflit douloureux

Le conflit entre le Haut-Karabakh et l’Azerbaïdjan perdurait depuis plus de 30 ans, engendrant des tensions dans la région du Caucase. L’Union Européenne et la Russie avaient du mal à faire respecter les nombreux accords de cessez-le-feu précédents. La dernière offensive meurtrière menée par l’Azerbaïdjan remonte à septembre 2020, ayant conduit à un cessez-le-feu négocié grâce à la médiation russe et européenne. Les 27 États membres de l’UE s’efforçaient de parvenir à une solution, même si le conflit restait gelé, comme en témoignent les crises de mai 2021, les attaques de septembre 2022, le blocus du corridor de Latchine depuis décembre 2022, entravant les approvisionnements en gaz depuis l’Arménie et la libre circulation des habitants vers l’Arménie pour des besoins essentiels.

Face à ces multiples reprises du conflit, la France, en tant qu’amie historique de l’Arménie qui compte plus de 600 000 Arméniens sur son territoire, a exprimé son soutien. La France a annoncé son soutien militaire en fournissant des armes à l’Arménie afin de prévenir de futures offensives de l’Azerbaïdjan contre les territoires arméniens. De son côté, l’Allemagne a appelé à une aide internationale en augmentant l’aide humanitaire en faveur du Comité International de la Croix-Rouge intervenant dans la région du Haut-Karabakh, en envoyant des observateurs internationaux sur place pour montrer à l’Arménie et à la population du Haut-Karabakh qu’ils ne sont pas seuls dans cette situation.

Ce soutien est suffisant ?

La situation actuelle dans le Caucase est une tragédie sur le plan moral et humanitaire. Après plus de 600 morts civils lors de l’attaque, plus de 100 000 personnes ont fui la région, craignant pour leur vie et leur sécurité. Le Haut-Karabakh comptait initialement 120 000 habitants, mais aujourd’hui, plus de 80 % de la population a quitté la région pour l’Arménie. Les réactions de la France et de l’Europe sont-elles à la hauteur de la gravité de la situation ? De nombreux élus français et européens ont évoqué la possibilité d’un « nettoyage ethnique », parmi lesquels Raphaël Glucksman (S&D) et l’eurodéputé François Xavier Bellamy (Les Républicains/PPE), qui ont critiqué l’absence de sanctions à l’encontre de l’Azerbaïdjan. Ce dernier pointe également du doigt l’accord bilatéral signé en 2022 par la présidente de la Commission Européenne, Ursula von der Leyen, avec Ilham Aliyev, et demande à l’UE de rompre son contrat gazier avec l’Azerbaïdjan. L’Europe est divisée sur cette question, oscillant entre les intérêts économiques et la défense des droits de l’homme.

La controverse européenne

L’Union Européenne place au cœur de sa politique étrangère et de ses partenariats stratégiques les valeurs européennes, telles que le respect de la dignité humaine, la liberté, la démocratie, l’égalité, l’État de droit et le respect des droits de l’homme, y compris ceux des minorités. Ces normes s’appliquent particulièrement dans le cadre de la politique européenne de voisinage systématique (PEV), dont fait partie l’Azerbaïdjan. Cependant, comme l’ont souligné à maintes reprises les élus européens, la situation sur le terrain constitue une violation flagrante du droit international. Le Parlement européen a donc adopté une résolution le 5 octobre, condamnant l’attaque de l’Azerbaïdjan et qualifiant la situation de nettoyage ethnique. L’UE a imposé des sanctions contre les fonctionnaires du gouvernement azerbaïdjanais responsables des violations du cessez-le-feu et des droits de l’homme dans le Haut-Karabakh. L’UE a également appelé la Turquie, qui a ouvertement soutenu la situation en saluant la « victoire » de l’Azerbaïdjan, à modérer son allié.

La dépendance de l’Union Européenne au gaz azerbaïdjanais repose sur un accord de 2022 visant à importer 20 milliards de mètres cubes de gaz chaque année d’ici 2027. Cet accord est toujours en vigueur, mais il est actuellement soumis à une réévaluation par l’Union Européenne, qui dépendra de la réponse de l’Azerbaïdjan aux préoccupations concernant les droits de l’homme. Charles Michel, président du Conseil Européen, a déclaré lors d’une interview : « Nous avons démontré la capacité de l’Union européenne à diversifier rapidement ses sources d’approvisionnement en énergie après le déclenchement de la guerre en Ukraine (…) nous disposons de nombreuses options pour l’accès à des ressources énergétiques. »

Malgré la signature officielle d’un cessez-le-feu entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan en 2020, ce dernier a été violé à plusieurs reprises par le gouvernement azerbaïdjanais. Cela n’a pas empêché le renforcement des relations entre l’UE et Bakou en 2022, soulevant des questions sur le choix des partenaires stratégiques de l’Europe. Selon l’historien Vincent Duclert, des signes indéniables, tels que la « guerre de 44 jours » et la fermeture du corridor de Latchine, témoignent d’une volonté de purification ethnique. Il a fallu l’exode de 100 000 personnes pour que l’Europe envisage une réévaluation de ses relations avec le dictateur Ilham Aliyev.

La capitulation du Haut-Karabakh marque un tournant géopolitique significatif pour la région du Caucase, mettant en péril la sécurité et la souveraineté de l’Arménie, qui est géographiquement encerclée par la Turquie et l’Azerbaïdjan, deux pays se considérant mutuellement comme « une seule nation, deux États. »

L’Union européenne en faveur d’une ouverture à l’Est mais à quel prix ?

Par Alexandre Boue – 06/10/2023 – Cet article n’engage que son auteur: la SCUE laisse la liberté à son équipe de publier des revues de presse sans censure.

En ce moment, au sein de l’Union européenne, une question cruciale se pose : l’UE devrait-elle accueillir de nouveaux membres ? Cette interrogation, à l’origine d’une demande de rapport formulée par Paris et Berlin, incite à réfléchir sur les réformes substantielles que l’UE devrait entreprendre pour accepter de nouveaux pays au sein de ses rangs. Cependant, la question qui en découle est de savoir quels pays auraient la chance de rejoindre l’Union.

Le conflit russo-ukrainien joue un rôle majeur dans la dynamique actuelle des membres de l’UE. L’Ukraine à maintes fois exprimé son désir de rejoindre l’UE, une aspiration d’ailleurs partagée par la Moldavie qui ne cache pas son envie de rejoindre l’UE.

 

Les attentes des Balkans occidentaux

Si vous estimez qu’il est inacceptable de passer devant vous dans la file d’attente et bien c’est exactement ce que ressentent les Balkans suite aux appels ukrainiens et moldave. Les Balkans occidentaux c’est -à -dire l’Albanie, du Monténégro, de la Serbie, de la Bosnie et de la Macédoine du Nord sont tous candidats pour rejoindre l’UE. Toutefois ces pays sont candidats depuis bien longtemps pour certains depuis plus de 10 ans. Pour rappel, la Macédoine est candidate depuis 2005 et la Serbie depuis 2010 alors que l’Ukraine n’est candidate que depuis 10 mois. Si les pays des Balkans occidentaux accueillent avec joie cette volonté européenne, ils restent toutefois prudents et craignent que cette volonté soit surtout pour satisfaire l’Ukraine qui selon eux ne cesserait de “brûler les étapes” et bénéficierait d’un soutien inédit en Europe.

Les projets et les débats à venir

Le rapport demandé par la France et l’Allemagne précédera la réunion des 27 à Bruxelles en fin d’année où ils devront décider de l’ouverture ou non des négociations pour l’adhésion de l’Ukraine et de la Moldavie. La question des Balkans devrait de nouveau être sur la table.

Des défis à relever pour l’élargissement

Actuellement tous les pays seraient d’accord pour qu’un élargissement ait lieu mais c’est sur sa mise en place que les pays vont diverger. En effet, il est important de relever que l’adhésion de l’Ukraine va avoir un impact significatif sur la politique agricole de l’UE de part la superficie agricole du pays et son importance dans le marché du blé et des céréales.

De plus, qu’en est-il des relations actuelles entre la Pologne, la Slovaquie et la Hongrie avec l’Ukraine ? La Pologne qui fut un des plus grands partenaires de l’Ukraine avait annoncé la fin des échanges de nouvelles armes et le maintien de l’embargo sur les céréales ukrainiennes, source d’une grande crise diplomatique entre les deux Etats. Dans les derniers jours, la situation a évolué dans la reprise des échanges puisque la Pologne et l’Ukraine viennent d’annoncer la signature d’un accord portant sur les questions des exportations céréalières ukrainiennes à destination de la Pologne.

L’adoucissement des règles de sélection ne serait pas le seul point soulevant des débats, certains voient d’un mauvais œil l’intégration de ces pays en raison de l’influence politique, économique et militaire qu’exercent les Etats-Unis dans la région. A l’inverse, les pays de l’Est ne cachent pas leur volonté d’intégrer l’UE pour se rapprocher de cette protection américaine les protégeant contre l’envahisseur russe qui menace leurs frontières.

Le futur de l’UE : Élargissement inévitable ?

Charles Michel, l’actuel Président du Conseil européen a déclaré en Slovénie que “l’UE doit renforcer ses liens et devenir plus puissante” ; “je pense que nous devons être prêts, de part et d’autre à un élargissement d’ici à 2030”. La Commission européenne avec à sa tête Ursula von der Leyen tient le même discours et l’élargissement semble ainsi inévitable pour les années à venir. La question serait de savoir ainsi comment mettre en place cet élargissement.

Positions divergentes au sein du Parlement européen

Au sein du Parlement, le Parti populaire européen, qui est actuellement l’un des partis les plus puissants et nombreux du parlement, déclarait à travers son chef de file “oui vous êtes les bienvenus, oui vous appartenez à l’UE, oui vous êtes nos amis”. Une position refroidie par la prise de parole de la député européenne Nadine Morano “ l’entrée dans l’UE ne se fait jamais en procédure d’urgence, mais par un processus long sur la base de critères de convergence précis”.

Les critères d’adhésion : un obstacle pour certains

Ainsi, malgré un grand engouement partagé pour faire intégrer des pays de l’Est dans le giron européen, des doutes persistent. Des doutes liés aux critères établis par l’Union européenne pour permettre aux candidats de voir leur candidature acceptée. Certains de ces critères concernent l’économie avec le taux de dette publique mais aussi liés à la politique du pays avec les questions de la corruption, de l’Etat de droit, de la justice et bien d’autres. Ces critères étant pour certains pays candidats difficiles pour l’instant à satisfaire complètement.

L’Ukraine : un cas particulier ?

Si l’Union européenne a toujours analysé les candidatures à travers le prisme de ces critères, comment doit-elle analyser la candidature de l’Ukraine. Et si l’Ukraine bénéficie d’un allègement des critères cela constitue t-il jurisprudence et verra ainsi les critères de sélection adoucis pour l’ensemble des futurs candidats ou bien l’Ukraine sera l’exception à la règle. La possibilité de l’adoucissement des critères d’élargissement remet sur la table les candidatures des Balkans occidentaux mais bien sûr aussi celle de la Turquie qui fait toujours débat.

Alors si l’élargissement de l’Union européenne paraît effectivement inévitable notamment en raison du conflit à l’Est, la question essentielle est bien celle de savoir comment mettre en place cet élargissement et cette question sera débattu en décembre. Des négociations qui arrivent quelques mois avant les futures élections européennes de 2024.

Sources :

https://www.lesechos.fr/monde/europe/cereales-la-pologne-et-lukraine-parviennent-a-sentendre-1984006

https://www.touteleurope.eu/fonctionnement-de-l-ue/elargissement-quand-l-union-europeenne-pourra-t-elle-accueillir-de-nouveaux-etats-membres/

https://fr.euronews.com/my-europe/2023/10/04/des-reformes-a-anticiper-avant-un-nouvel-elargissement-de-lue

https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/05/09/elargissement-de-l-ue-evitons-le-choc-d-un-passage-de-27-a-35-etats-membres_6172587_3232.html

https://www.lemonde.fr/international/article/2023/09/19/elargissement-de-l-union-europeenne-la-france-et-l-allemagne-tentent-d-orienter-le-debat_6189953_3210.html

Dépendance énergétique : les nouveaux fournisseurs de gaz et de pétrole de l’Union européenne.

Par Diane de Charry – 23/09/2023 – Cet article n’engage que son auteur: la SCUE laisse la liberté à son équipe de publier des revues de presse sans censure.

L’Union Européenne, alors dépendante du pétrole et du gaz russe, se retrouve depuis plus d’un an et demi dans une situation fragile quant à sa sécurité énergétique. Avant l’invasion de l’Ukraine par la Russie, l’Union Européenne était la première importatrice de son gaz et de son pétrole. Cette tendance a pris un nouveau tournant entre l’année 2022 et 2023, durant laquelle Bruxelles a appliqué de nombreuses sanctions contre le Kremlin. Aujourd’hui, l’Europe se retrouve face à un défi majeur dans le choix de ses partenaires commerciaux en matière d’énergie.

En 2020, l’Union européenne comptait parmi ses importations de pétrole brut 25,7 % en provenance de Russie et 41,1 % de son gaz naturel importé. Quant à ses autres pays fournisseurs, on y comptait les États-Unis, la Norvège, l’Algérie et plusieurs pays du Moyen-Orient (le Qatar, les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite, l’Irak et l’Azerbaïdjan). 

Avec l’avènement de la guerre, l’Union européenne, toujours aussi dépendante de ses importations, doit alors réorienter la provenance de son gaz et pétrole vers d’autres pays producteurs, en accord avec les sanctions imposées contre Moscou. 

Des sanctions contre la Russie : une place libérée pour les autres pays exportateurs.

Les sanctions économiques contre le Kremlin sont adoptées le 24 février 2022, lors de l’agression en Ukraine. L’objectif de l’UE étant de maximiser les effets négatifs des sanctions sur l’économie russe. Les importations de pétrole brut ont chuté de 90% entre l’année 2022 et 2023 grâce à l’interdiction de l’achat ou du transfert de pétrole brut transporté par voie maritime et de certains produits raffinés de Russie vers l’UE, dont le diesel, le kérosène et l’essence.

En 2022, plusieurs États membres de l’Union européenne ont été touchés par les coupures de gaz russe via la réduction de débit des gazoducs gérés par Gazprom. La coupure de nord Stream 1 a menacé directement la Finlande, le Danemark, l’Allemagne, la Pologne, les Pays-Bas. La Bulgarie a été touchée de même avec la réduction de South Stream. La Lituanie quant à elle est le premier pays membre à interrompre toute importation de gaz russe. Pour une Europe dont l’approvisionnement énergétique provient majoritairement du gaz et du pétrole russe, les chutes drastiques des importations installent un certain vide que les États membres ne tardent pas à combler. 

En effet, après les sanctions imposées par Bruxelles, au premier semestre 2023, le gaz provenant de Russie représente alors moins de 15% des importations européennes, contre 45% au début du conflit. Ce déséquilibre mondial entraine un déplacement de la dépendance de l’Union européenne, principalement vers les États-Unis, l’Algérie, la Norvège, l’Azerbaïdjan, mais aussi vers le Moyen-Orient. 

D’une dépendance à l’autre : les États-Unis dans un rôle gagnant.

Les États-Unis se sont nettement rapprochés de l’Europe afin d’y satisfaire la demande. Dans le cadre de leurs accords commerciaux concernant l’approvisionnement de Gaz naturel Liquéfié (GNL), ils deviennent le premier fournisseur des vingt-sept en 2022 et 2023. 

Les importations ont augmenté de 140 % en un an et l’Union européenne se voit désormais dépendante d’une autre puissance sur pôle énergétique. Les puissances européennes et américaines partagent l’objectif diplomatique et commercial, depuis le début de la guerre, d’affaiblir la dépendance de l’Europe au gaz russe. 

Depuis 2022, le commerce transatlantique est florissant en provenance des États-Unis, qui transportent principalement du gaz de schiste. Ce nouveau tournant économique qui profite grandement aux Américains, fait bondir la demande énergétique de l’Union européenne, et notamment du groupe Total Énergies. Ainsi, le prix du gaz de schiste a été multiplié par cinq au cours de l’année 2022 et l’Europe s’est vu investir dans de nouveaux terminaux de GNL pour recevoir les livraisons américaines. 

Bien que cette situation profite aux États-Unis, leur assurant un partenaire commercial de taille, l’objectif de l’UE est de diversifier ses fournisseurs, dans le cadre du plan REPowerEU. L’Europe se tourne alors vers ses voisins du sud, notamment l’Algérie, l’Azerbaïdjan et le Moyen-Orient. 

Les nouveaux partenaires : de nouvelles problématiques ?

Le plan REPowerEU, lancé en mai 2022 a pour objectif principal de mettre fin à la dépendance énergétique des combustibles fossiles russes. Un pilier de ce plan se base sur la diversification des sources d’approvisionnement, offrant ainsi aux autres partenaires commerciaux de l’Europe une place plus importante pour les importations de gaz et de pétrole brut. Parmi ces pays, l’Azerbaïdjan, qui détient des réserves d’hydrocarbures exploitables dans la mer Caspienne. Ce pays a un avantage stratégique pour l’UE : son gazoduc passant par la Turquie et arrivant directement en Italie. Les pays d’Europe deviennent alors les premiers importateurs des Azéris. Cette lancée se trace dans le temps, Bakou prévoit de doubler ses livraisons vers l’Europe d’ici à 2027. Cet accord se heurte toutefois au conflit mené par l’Azerbaïdjan dans le Haut Karabagh. L’Europe, ami historique des Arméniens, finance les revenus gaziers azéris, avec lesquels le gouvernement de Ilham Aliev achète les armes pour les actions d’épuration arménienne menées dans le Haut Karabagh. L’Europe, à différente échelle, financerait-elle indirectement une guerre plutôt qu’une autre ? 

La question de la provenance du pétrole suscite quant à elle d’autres critiques. En effet, avec la mise en place des sanctions contre Moscou, certaines importations de pétrole pourraient tout de même venir de Russie, en passant par d’autres pays non alignés sur les sanctions occidentales, dont la Chine, l’Inde ou encore la Turquie. L’Inde a en effet augmenté ses importations d’or noir en provenance de la Russie, profitant de l’embargo pour acheter les barils à prix réduit (63,87 € en avril 2023). Entre janvier et juin 2023, l’Allemagne a multiplié par douze ses importations de gazole depuis l’Inde. Bruxelles a réagi face à cette situation indienne qui prenait de l’envergure, affirmant que ces importations de produits raffinés à partir de pétrole russe constituent « assurément un contournement des sanctions ». 

L’Union Européenne se retrouve alors dans une situation délicate pour assurer sa sécurité énergétique. De nombreuses questions éthiques font donc l’objet de critiques envers l’UE, également concernant sa proximité avec l’Arabie saoudite. Bruxelles réagit à la hauteur de sa portée, mais la provenance des approvisionnements en matière d’énergie ressort du domaine des capacités nationales des États membres.